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Maternologia


Une naissance naturelle

« Un tournant dans l’histoire de l’humanité »
Une information sur le processus hormonal mis en œuvre durant l’accouchement que toute femme devrait connaître avant d’accoucher !

Du 22 au 24 septembre 2009, le docteur Michel Odent a tenu une conférence à Bucarest sur le thème « Une naissance naturelle : un tournant dans l’histoire de l’humanité ».
Il nous semble important, à cette occasion, de donner ici les grandes lignes de ses thèses, parce que sa longue expérience l’a amené en fin de compte, ou disons en fin d’un parcours en dents de scie, à préconiser un accouchement qui favorise au maximum l’arrivée sur terre du bébé dans les conditions requises par la naissance psychique dont Mr Delassus s’est fait le héraut.
Michel Odent est un homme de recherches, un homme profondément observateur et curieux. Au départ il est chirurgien, persuadé d’aider les femmes à ne pas souffrir, il ne connaît l’enfantement que sous l’angle de la césarienne, mais son sens de l’observation lui montra comme cette méthode coupait la mère de son enfant, en même temps, il s’est vite rendu-compte que les scientifiques connaissaient incroyablement mal la physiologie hormonale de l’accouchement.
Sa thèse centrale : la femme qui enfante se trouve prise dans un processus profondément simple dont elle possède toute l’intelligence enfouie en elle. Et donc, dont elle ne sait rien en général, malheureusement. Lorsque tout se passe bien, une fois commencé le « travail » de l’accouchement, la parturiente entre dans un état de conscience modifié très particulier, apte à lui faire traverser le mieux possible tout l’événement. Cet état se caractérise par une suractivité de ses structures corticales primitives qui agissent, notamment par le biais d’une gamme d’hormones et par une mise en veille de son demi-cerveau gauche, celui du raisonnement logique, du langage et du calcul. Ces structures les plus anciennes du cerveau, sièges des pulsions vitales, sont particulièrement actives pendant l’accouchement ; ce sont justement elles qui se sont constituées au début de sa propre vie fœtale. En laissant cette partie d’elle-même la gouverner, la femme qui accouche entre en résonnance avec sa propre vie embryonnaire. Ce qui la rapproche de son futur nouveau-né.
Cette suractivité du cerveau le plus ancien constitue un processus hyper complexe et fragile, qui peut être perturbé, voire interrompu, si un minimum de conditions n’est pas rassemblé. Si, par exemple, alors qu’elle est entrée dans l’état de conscience qui est le début de l’organisation du système hormonal on lui demande un renseignement, son cerveau gauche se remet immédiatement en marche. Et si on met en route la mécanique médicale il y a risque alors de ruiner un début d’accouchement tranquille, voire de menacer l’ensemble du processus.
Si ce sont les membres de la famille qui accompagnent la future mère qui s’angoissent, elle s’angoisse elle-même et le processus peut être profondément modifié. Quand ce n’est pas l’entourage médical !

Un processus extrêmement ancien, fondamentalement caractérisé par un besoin d’intimité.

Notre manière d’enfanter a été mise au point en cinquante millions d’années. Une durée considérable au cours de laquelle la Vie a perfectionné peu à peu un mode de reproduction ultra raffiné, en particulier dans sa combinaison hormonale qu’il serait vain et surtout nuisible de vouloir apprendre à contrôler à l’aide du néocortex alors que c’est le corps entier de la femme qui en a l’intelligence.
« Comprendre l’accouchement comme un processus involontaire, mettant en jeu des structures anciennes, primitives, mammaliennes du cerveau, conduit à rejeter l’idée reçue selon laquelle la femme pourrait apprendre à accoucher. Cette interprétation permet de comprendre qu’on ne peut pas aider activement une femme à accoucher. On ne peut aider un processus involontaire ; on peut seulement éviter de trop le perturber.1

Intimité, pour Michel Odent voilà le mot clef.

Dans les années 1970-1980, Michel Odent exerçait à la maternité de Pithiviers, en France, où il était possible pour les femmes d’accoucher dans l’eau, où la préparation à la naissance comportait une participation libre à une chorale. Et où les femmes pouvaient choisir la position dans laquelle elles voulaient accoucher, debout ou jambes fléchies, ou bien soutenues sous les aisselles, c’est à dire en toute liberté et surtout dans une atmosphère la plus intime possible. Période pendant laquelle le chirurgien observa les femmes tout à son aise.
Cette expérience le poussera à multiplier ses recherches, tant physiologiques qu’anthropologiques toutes fondées sur une observation universelle : quand elle accouche la femelle humaine aussi bien que la femelle animale éprouve spontanément un impératif besoin de se retrouver à l’abri d’un lieu sûr, généralement petit, plongé dans la pénombre et si possible caché.
L’éthologie a beaucoup apporté à Michel Odent : pour lui, les humains ont aussi été faits par la Vie pour enfanter dans l’intimité, loin de la lumière et du bruit et sans intervention, se laissant ainsi gouverné par leur cerveau le plus ancien, autrement dit par leur nature – rappelons entre bien d’autres exemples qu’une lumière vive stimule le néocortex et met donc la structure ancienne en position subordonnée.
Si les médecins ne connaissent pas bien tout cela, c’est qu’ils ne connaissent pas la physiologie de la naissance naturelle humaine, avance M. Odent. Pourquoi ? Mais pour la bonne et simple raison que celle-ci, par définition, n’est pas observée ! A l’inverse les naissances qui ont servies à constituer le modèle type à l’université ont systématiquement été pathologiques du fait d’une maladie, ou par un effet pervers, du fait qu’on les observait !
Du coup tout se passe comme si une fantastique fonction naturelle s’était trouvée ignorée et comme si au nom du droit des femmes, (handicapées dans l’action de mettre au monde), le droit des femmes à recevoir de l’aide, la société avait décidé de considérer toutes les femmes comme des handicapées. Mais si l’accoucheur s’en donne la peine et observe avec grande attention et beaucoup de discrétion ce qui se passe lorsque les parturientes sont laissées libres d’agir à leur guise dans un cadre non coercitif – ce qui fut le cas de l’avis unanime à la maternité de Pithiviers – il découvrira des choses tout à fait troublantes.
Il observera en particulier que seul ce contexte permet la mise en place optimale d’un prodigieux processus hormonal qui, si l’on prend un peu de recul exerce une influence sur toute l’existence de l’être en train de naître et par extension – M. Odent n’’hésite pas – sur toute la civilisation.
Les actions des hormones de l’enfantement sont infiniment subtiles et complexes. Il y a quatre hormones. L’adrénaline, l’ocytocine, la prolactine et le colostrum.
L’adrénaline, si elle agit au début, a tendance à tout stopper, mettant momentanément fin aux contractions ; alors que dans la seconde moitié du travail au contraire, elle semble accélérer l’ensemble du processus. Pour comprendre cette différence, il faut se mettre à la place d’une femme en pleine nature et soudain surprise par un danger, une bête féroce, un cyclone … ! Si son bébé se trouve encore loin de naître, il lui faut fuir et la décharge d’adrénaline va stopper les contractions. Si au contraire le bébé est déjà engagé dans le vagin, il faut accoucher au plus vite et la décharge d’adrénaline va alors surmultiplier les contractions.
Le second type de réactions de l’adrénaline – en boulet de canon – semble indiquer qu’il existe un processus global d’accélération de la naissance que M.Odent appelle « réflexe d’éjection du fœtus » et qui ne semble pas figurer dans les annales obstétriques.
Les femmes qui accouchent, en voiture ou en ambulance dans un embouteillage, ou en pleine rue ou dans l’ascenseur, vivent vraisemblablement ce « réflexe d’éjection du fœtus ». Et la plupart du temps il s’agit d’une naissance rapide, pas de déchirure, bébé peu traumatisé, placenta facilement éjecté…
Il y a aussi l’ocytocine, qu’on a voulu appeler « hormone de l’amour » ou « de l’altruisme » ! Présent dans l’orgasme masculin comme féminin, elle facilite clairement les contractions ainsi que, la montée de lait plus tard. En fait elle semble accompagner tous les moments de la vie où le mot amour peut-être employé : effusion, étreinte, caresse, baiser, tétée et même repas pris en commun !
Or cette hormone n’est jamais aussi présente que lors d’un accouchement naturel, en particulier parce que le fœtus, en passe de devenir bébé, sécrète lui-même son l’ocytocine pendant les dernières semaines de la grossesse, et que le moment venu ses sécrétions s’additionnent à celles de sa mère pour la grande rencontre d’amour.
La plus étonnante des hormones dont l’accouchement naturel intensifie la sécrétion est la prolactine. La liste de ses bienfaits est impressionnante. L’une de ses fonctions majeures est de stimuler la lactation, Entre autres elle aide, avant la naissance et après, à parachever les poumons du bébé. La prolactine est par essence l’hormone de l’ « instinct maternel » si l’on peut employer cette formule sans danger. A l’inverse, la pénurie de prolactine, accompagnée d’un manque d’élan maternel favorisera chez l’enfant une certaine anxiété et des reflexes plus agressifs d’après M.Odent.
Parlons maintenant du colostrum bien qu’il ne soit pas une hormone.. Il s’agit d’un liquide semi transparent qui s’écoule des seins de la mère tout de suite après la naissance, pendant les heures qui précèdent la montée du lait. Longtemps considéré comme une sorte de produit nettoyant les canaux lactaires, donc nocif, on attendait la montée de lait pour mettre le bébé au sein !
Et ce rejet du colostrum était quasi universel !
Or pour M.Odent : « C’est un véritable « concentré » d’anticorps, ces substances qui nous protègent contre ce qui est étranger, qu’il s’agisse de microbes ou de virus ou de cellules vivantes qui ne nous appartiennent pas. Les plus abondants appelés IgA, sont des anticorps que le nouveau-né ne sait pas encore fabriquer et qui ne lui sont pas transmis par le placenta. On en trouve des dizaines de grammes par litre … Le colostrum est en fait une véritable armée capable de juguler n’importe quel type d’infection. … Il n’y a pas de microbes dans l’intestin du fœtus qui va naître ; vingt-quatre heures après il y en des milliards par grammes ! Et ces microbes ne sont pas les mêmes si le bébé a été laissé à jeun, si on lui a donné de l’eau sucrée ou un « petit » biberon de lait artificiel, ou s’il a consommé du colostrum. L’avenir de la flore intestinale dépend de la nature des germes qui seront les premiers à occuper le territoire … »
« Votre bébé est le plus beau des mammifères » Michel Odent, Albin Michel, 1990, opus cité.
Mr Odent ajoute deux données importantes au milieu d’autres arguments en faveur du colostrum: le fait que le nouveau-né encore relié à la mère par le cordon ombilical, vienne immédiatement téter, stimule le mamelon de celle-ci accélérant le réflexe d’éjection du placenta qui palpite encore dans l’utérus. Une autre donnée : les bébés abondamment nourris de colostrum après leur venue au monde sont les seuls à ne pas connaître la fameuse « perte de poids physiologique » des premiers jours. Mais il faut parler d’une autre explication à ce sujet venue du « Comité pour les fœtus et les nouveau-nés » de l’Académie de Pédiatrie des Etats-Unis. L.Stanley, J.J.Kay, J.Sutherland dans « Pediatric, 1974 – cité dans le livre de R.Barbuta : « Puericultura », 1979 Editura « Junirea » (Iasi), ce comité donc a recommandé de ne pas enlever le Vernix Caseosa de la surface cutanée du nouveau-né et de ne pas commencer à le laver tant que le choc de la naissance n’est pas passé et que sa température n’est pas stabilisée. Le vernix étant naturellement absorbé par la peau.

Conclusions de l’auteur de l’article

Il est en parti tiré du livre de Patrice Van Eersel: « Mettre au monde » paru chez Albin Michel en 2008.
Actuellement M.Odent vit en Angleterre depuis de longues années où il préconise et pratique encore ce qui est pour lui l’idéal (à condition qu’aucune difficulté ne soit signalée) : un accouchement à la maison, dans une pièce très peu éclairée, la femme met au monde son enfant comme elle le sent, comme elle le souhaite, sans autre regard que celui d’une femme très silencieuse qui a déjà eu des enfants elle-même et qui se fait quasi invisible mais qui est prête à aider ou à appeler à l’aide en cas de besoin. Pendant ce temps-là, le papa et le médecin attendent dans la maison que la nécessité de leur venue s’en fasse sentir.
Mais ceci est un autre sujet.
Pourrons-nous, un jour, mettre au monde nos enfants en profitant au mieux du merveilleux processus hormonal que la nature a mis en place pour nous ?
Ecrire un article sur le système hormonal en œuvre pendant l’accouchement de la future mère et la naissance de son bébé m’a profondément touchée et m’a permis d’en percevoir l’exceptionnelle complémentarité avec la maternologie. Cela m’a amenée à regretter infiniment que les concepteurs de ces deux sciences ne se mettent pas autour de la même table pour œuvrer à prouver à quel point les femmes – et les hommes aussi - sont généralement soumis à la puissance médicale pour le plus grand tort de leurs relations avec leur bébé.
C’est un crève-cœur aussi grave que l’agression des humains envers la planète.

1Votre bébé est le plus beau des mammifères » Michel Odent, Albin Michel, 1990