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Maternologia


Le regard du nouveau-né

Citation de Jean Marie Delassus dans „Cahier de Maternologie” n° 19 juillet –décembre 2002, page 97

„… si lors de la venue au monde de l’enfant, l’un et l’autre parent – quels que soient leur situation, leurs antécédents ou leur personnalité – ont pu être touchés, bouleversés en recevant l’impact du regard intense du nouveau-né, en le recevant en plein cœur, dépassant leurs habituelles défenses émotionnelles, se trouvant pris dans cette demande et cet appel ; alors, ils seront déjà prémunis contre tout risque de maltraitance.

Mais il y a en plus un autre facteur, adjuvant certes, mais aussi nécessaire : il faut que ces parents aient été soutenus, ne serait-ce que reconnus dans la réalité et la grandeur de leur émotion. Cela aide pour que cette émotion ne les déborde pas, qu’ils ne la refusent pas, dans la mesure où elle serait trop forte ou bien s’ils s’en sentaient trop indignes. Il faut donc favoriser la rencontre émotionnelle natale. Non pas montrer l’accouchement, mais montrer l’accouché, cet enfant venant au monde et appelant, appelant des parents.

Qui résistera ? A moins justement d’un sentiment d’indignité trop prégnant, d’une humiliation personnelle trop ancienne et trop envahissante. Mais, autrement, c’est un lien très fort qui s’instaure d’un coup, qui va faire la parentalité par-dessus la parenté au point que la maltraitance sera impossible envers cet enfant-là.

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S’il pleure, l’enfant, s’il a du mal à s’endormir, à se nourrir, s’il prend du temps, on ne lui en voudra pas, on ne le secouera pas, on ne cherchera pas à l’isoler, à éviter de répondre à ses demandes ou à s’en débarrasser. Il aura rejoint le fond de nous-mêmes, il l’aura même ravivé et ranimé. L’émotion connue lors de sa venue au monde, son regard intense reçu feront que l’on n’est plus des adultes s’occupant d’un petit, mais un cœur vivant et aimant prioritairement orienté vers l’enfant. Le maltraiter alors ? Non, cela devient impensable et impossible.

On n’est pas parent d’office parce que l’on est géniteur ; il faut se défaire de cet a priori calamiteux et pathogène. On est parent parce que l’on a ressenti l’émotion du regard natal de l’enfant, parce que l’émotion issue de ce contact, provoquée par lui, sera durable, toujours là, faisant le parent réel au-delà de toute parenté génitrice.”