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Maternologia


Pourquoi avons-nous besoin de la Maternologie?

Pourquoi avons-nous besoin de la Maternologie?

Comme toute ma vie professionnelle a été et reste dédiée seulement à la Démographie, je pourrais affirmer que son univers m’est bien connu et je peux donc avancer des opinions pertinentes. J’ai suivi les évolutions démographiques en Roumanie depuis le milieu des années 1960 et j’ai eu la chance d’avoir accès à des données appropriées, de détail, permettant de connaitre et de comprendre la situation au-delà de ce que nous montrent les données générales, agrégées.

La Roumanie se trouve en 2008 dans sa 19e année de déclin démographique. Il n’est pas facile d’estimer les dimensions du déclin, mais on peut parler d’une perte humaine d’environ deux millions d’habitants, ce qui représenterait, pour toute cette période, autour de 8% de sa population au début de 1990. Ce recul a eu et continue d’avoir une double source: baisse naturelle et baisse par migration nette négative. La baisse naturelle s’est installée en 1992, à la suite de la chute de la natalité enregistrée pendant les années 1990-1991 et de l’accroissement de la mortalité, qui avait commencé en 1992.
Si nous regardons les évolutions et le déclin démographique de façon simpliste, nous pourrions nous poser une question simple et normale: au fond, quelles conséquences négatives a eu la baisse de la population pour notre vie quotidienne ? Même moins nombreux, nous sommes restés pauvres et désorientés ; probablement, la pauvreté et la misère auraient été plus fortes avec une population plus nombreuse. Le raisonnement est justifié si l’on pense au passé récent et au présent. En revanche, si on regarde vers l’avenir, on change de panorama. Parmi tous les facteurs et les mécanismes du déclin démographique, la baisse de la natalité est le seul qui étale ses effets à long et très long terme. Elle déclenche une détérioration de tout l’échafaudage démographique. Les jeunes générations nées après 1989 seront bientôt les générations qui mettront au monde les enfants de la Roumanie et qui vont constituer la population économiquement active du pays. L’avenir démographique aussi bien que celui économique du pays se trouvera «entre leurs mains». Or, qu’est-ce qu’on voit se dessiner? Avec la fécondité actuelle – 1,3 enfants par femme - la population de la Roumanie pourrait arriver à compter seulement 15 millions d’habitants vers 2050. Ce sont les résultats des projections démographiques produites par la Division de Population des Nations Unies, par l’Eurostat - l’Office statistique des Communautés européennes, ainsi que celles élaborées par des organismes nationaux. Quelles seront les caractéristiques d’une population de 15 millions d’habitants ? Le taux brut de natalité ne serait que de 7 naissances vivantes pour 1000 habitants, par rapport à 10 actuellement, et le taux brut de mortalité arriverait à 17 décès pour 1000 habitants par rapport à 12, niveau enregistré ces dernières années. La baisse naturelle annuelle de la population augmenterait de façon dramatique - de 40-50 milliers aujourd’hui, à 170 milliers à la moitié du siècle. Une population ayant des telles caractéristiques ne trouvera plus les ressources internes de redressement.

Aujourd’hui on enregistre, sur 100 personnes adultes, 34 personnes âgées (60 ans et plus). En l’an 2050 on en enregistrera 85 ! Comment les entretenir du point de vue économique?
Indifféremment du point de la perspective où l’on se situe pour envisager l’avenir démographique de la Roumanie, la seule chance en vue d’éviter le véritable dérapage et le dépeuplement massif du pays serait le redressement de la natalité. Mais est-il possible de redresser en profondeur la natalité? Ce n’est que l’avenir qui nous le dira et cela à condition que la stratégie nationale concernant la population, sujet récemment évoqué par le gouvernement, soit élaborée de façon compétente, qu’elle soit appliquée de façon adéquate et qu’un suivi soit mis en place (mais, l’élaborer avant la fin de cette année et la mettre en application à partir de 2009, selon les déclarations du ministre du Travail, relève, malheureusement, d’une approche manquant de professionnalisme).
La baisse du nombre des nouveaux-nés dans les années 90 et le maintien a des valeurs faibles enregistrées ultérieurement sont le résultat de deux décisions dominantes de la femme (du couple), notamment: n’avoir qu’un seul enfant (qu’on met au monde à un âge plus avancé qu’auparavant), et ne pas avoir d’enfant du tout. Dans les deux cas, derrière cette décision il y a des motivations complexes, très diverses; le facteur économique y est, ayant une importance majeure, mais il ne pourrait pas être considéré comme l’unique responsable de la baisse. C’est pourquoi la mise en place d’un ensemble de mesures visant à redresser la natalité constitue un projet extrêmement difficile. Même s’il s’avère que la natalité pourrait enregistrer un redressement, celui-ci ne pourrait être que le résultat d’une stratégie nationale à long terme, dans laquelle les mesures économiques seraient une des composantes. Encore faudrait-il que la société soit préparée pour lancer une telle stratégie. Et cela d’autant plus que la Roumanie a eu une expérience dramatique d’accroissement forcé de la natalité durant l’ancien régime, accroissement obtenu par violation brutale des droits de l’homme, par abus, propagande menteuse et occultation de la réalité.
Le redressement de la natalité dont la Roumanie a besoin doit être le fruit de décisions prises par la femme et le couple totalement libres de faire leurs options, d’accès à l’information et aux services de planification familiale et de santé de la reproduction.
Les services de soins médicaux et l’assistance sociale offerts à la mère et à l’enfant devraient en même temps être radicalement réorganisés et améliorés. Les enfants dont la Roumanie a besoin pour éviter le dérapage démographique imminent doivent être des enfants désirés par leurs parents et la stratégie visant au redressement de la natalité devrait privilégier cette exigence. Les spécialistes du domaine sont appelés à conférer aux mesures et aux moyens visant au redressement de la natalité la dimension essentielle d’un redressement sain et stable. Les préoccupations de «former» les futurs parents - et surtout les mères -, de les préparer en vue de la relation mère-enfant, surtout durant la première année de vie d’un bébé, sont presque inexistantes ou bien très faible en Roumanie. Pour le bébé, cette période est marquée par la rupture entre deux mondes: le «paradis perdu» de la vie de fœtus et le monde totalement différent qui l’accueille après sa naissance. «Pour le nouveau-né, la naissance pose la question d’un choix entre être entouré par des signes et les refuser» (http://www.maternologia.ro). Les signes sont, en fait, ce que sa maman lui offre: le regard, la parole, les gestes, les mouvements, l’expression du visage. L’absence de signes entraîne la souffrance («les maladies de la naissance psychique») et laisse son empreinte au niveau du développement du bébé. On estime, en France, par exemple, que 10% des femmes qui accouchent présentent des souffrances et des difficultés pré- et postnatales liées à la dimension psychique de la maternité et à la relation mère-enfant (http://materno.club.fr/index.php).
La maternologie devrait être plus appréciée et il faudrait lui accorder plus d’attention même dans l’état actuel de la natalité roumaine. Le nombre très élevé d’avortements, les nombreux nourrissons abandonnés, les cas fréquents de violence à l’égard des tout petits enfants sont rattachés à la mauvaise relation mère-enfant. Si nous souhaitons un redressement de la natalité, nous ne pourrons pas négliger les mesures et les actions en vue de modifier cette relation et nous aimerions croire que ceux qui élaboreront la stratégie nationale concernant la population ne vont pas en omettre une composante aussi importante que la maternologie. Il faut apprécier et soutenir la mise en place, grâce aux efforts soutenus et dignes de toute notre admiration de Mme Laurence Demairé et de ses collaborateurs, des activités de l’Association Franco-Roumaine «BébéBienvenu-Pour une nouvelle naissance». Nos aimerions croire que la passion, la persévérance, l’expérience et tout ce que Mme Demairé a fait et continue de faire en Roumanie – comme un véritable ambassadeur du professeur Jean-Marie Delassus, le créateur de la Maternologie -, trouveront un écho dans la société roumaine et surtout parmi ceux qui sont à côté de la mère pendant la grossesse, pendant l’accouchement et dans les premières heures, jours, semaines et mois après l’accouchement.

Vasile Gheţău
Professeur de Démographie, Université de Bucarest
Directeur du Centre de recherches démographiques Vladimir Trebici de l’Académie Roumaine