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Maternologia


Les difficultés maternelles entre l’indifférence et la maternologie

Difficultés maternelles? Cela n’existe pas. Toute femme saine et sage aime son enfant dès le début, tout de suite. Sinon, elle doit être malade, automatiquement. La maternologie, la science des difficultés maternelles et de la dimension psychique de la maternité? Un caprice ou un luxe. Les hôpitaux de Roumanie ont d’autres problèmes, réellement importants: ils n’ont pas d’argent, par exemple, même pas pour acheter des pansements.
Ce sont les réactions que j’ai rencontrées le plus souvent en Roumanie en parlant des difficultés maternelles et de la maternologie. Autrement dit, les difficultés maternelles et la maternologie sont des choses qui n’intéressent presque personne.
Comme psychologue/psychothérapeute formmée en psychanalyse, j’ai suivi aussi les cours de maternologie – Certificat de Maternologie, Clinique de Versailles- France et j’ai eu la chance de faire un stage pratique dans le service de maternologie du Centre Hospitalier Charcot, dans la ville de Saint-Cyr l`Ecole, en banlieue parisienne.
Un stage pratique que j’ai voulu. Un “enfant” désiré, donc. Pour lequel j’étais suffisamment préparée du point de vue théorique et pratique. Cependant … L’idée du contact avec des bébés de quelques mois me faisait peur, une angoisse suffisamment forte pour que je trouve, une fois arrivée à Paris, que ma réaction était: eh bien, oui, me voilà à Paris, et ? – toutes mes pensées étaient absorbées par la rencontre du lendemain avec les bébés du service de maternologie.
Comme psychologue, je me rends compte que la peur, l’angoisse liées à cette rencontre sont déclanchées par la réactivation, par le contact avec les bébés, de mes propres peurs, angoisses, sentiments que j’ai probablement vécus quand j’étais moi- même un bébé. C’est en fait ce que toute mère vit quand elle accouche et soigne son nouveau-né, et ce que tout bébé vit dans ses premiers mois de vie, quand il y a, d’un côté, l’angoisse de l’impuissance totale, l’état de désorganisation du nouveau-né et du bébé, les deux extrêmement difficiles à imaginer, et de l’autre côté, la capacité de la mère de les confronter.

Dépassant mes propres angoisses, dans ce stage pratique j’ai pu voir comme les bébés exprimaient leur vécu, leur angoisse terrible de l’impuissance, leur désorganisation, par:

-pleurs continu, agitation ou par contre en dormant beaucoup, sommeil prolongé:

-devenir malade (des coliques très fortes, vomissement, diarrhée, infections, etc) – tout ça cela sans un diagnostic médicale très clair;

-accepter avec beaucoup de difficultés ou même refuser le sein de la mère ou le biberon donnés par celle-ci;

-se bouger très peu, restant presque immobile pendant l’allaitement;

-le plus frappant – ils ne regardent pas leur mère! Une mère qui, à son tour, ne les regarde pas!

En ce qui concerne les mères, l’impuissance à soigner leurs propres enfants s’exprime par:

-états d’épuisement, exaspération et accusations fréquentes qu’elles ne se sentent pas soutenues;

-se sentent envahies par l’idée qu’elles pourraient nuire au bébé;

-insomnie, cauchemars, mauvaises pensées;

-ne supportent pas les pleurs du bébé;

-la peur de rester seules avec le bébé.

Ce que je viens de mentionner ne sont pas les symptômes d’une maladie, mais, quand elles sont fréquentes et intenses, ce sont des signes que ces mères sont dépassées par la situation.
Vous croyez que les bébés et les mères de Roumanie n’ont pas les mêmes problèmes, ne se manifestent pas de la même façon?
J’ai dit que prendre soin de son bébé rappelle à la mère la période où elle-même a été bébé, avec tout ce qu’elle a vécu à l’époque. Et si ce qu’elle a vécu dans cette période n’a pas été très agréable, prendre soin de son propre bébé devient extrêmement difficile et parfois presque impossible. Et ce que celle qui est maintenant mère a vécu quand elle était bébé dépend de la manière dans laquelle sa propre mère, à son tour, en fonction de sa propre histoire personnelle, l’a soignée, quelle a été la prédominante transmise par ses soins – tendresse ou dureté, calme ou impatience, sécurité ou insécurité etc., qui maintenant se retrouveront dans la manière et les difficultés que la mère a quand elle soigne son bébé.
Ceci m’a été confirmé par les mères de l’unité de maternologie: “ma mère m’a dit que pour elle c’était une horreur de m’allaiter” (je mentionne que dans l’unité les mères avaient des difficultés à allaiter leurs enfants et voulaient être accompagnées par une infirmière au moment où elles allaitaient) ou: “ma mère ne supportait pas de me changer”, dit une mère, très satisfaite que son bébé faisait les selles chaque jour à la même heure, donc il n’osait pas la déranger.
Le fait que les mères sont capables de reconnaître, d’exprimer cette souffrance apportée par la difficulté d’être mère est le plus important. Le premier pas pour résoudre un problème n’est-il pas de le formuler et surtout de le reconnaître ? Et elles peuvent le dire sans être accusées : “Comment ne pas aimer ton bébé, es-tu folle ? Dans ce service, elles sont aidées à dépasser ses difficultés”.
Comment sont-elles aidées ? Premièrement, comme je l’ai déjà dit, par la reconnaissance de leur souffrance. On ne leur dit pas qu’elles ne sont pas de bonnes mères, même si on en entend x une disant “j’aime plus mon chien que mon enfant”  ou “cet enfant est une erreur”. Elles sont écoutées et aidées à comprendre la cause de leur souffrance, dont ne sont responsables ni la mère, ni l’enfant. Mais surtout, elles sont aidées à pouvoir dire à leurs bébés et à elles-mêmes: ça va passer, quand, par exemple, le bébé pleure quand il est pris dans les bras ou quand il refuse catégoriquement le sein ou le biberon quand sa mère veut le nourrir. Tout le personnel de l’unité de maternologie (médecins, psychologues, infirmières), leur assure une zone de tranquilité et de sécurité au milieu de la tempête que les mères vivent par la rencontre entre leurs propres peurs, angoisses, ” non-traitées” et les peurs, angoisses du bébé, qui est incapable de les  “traiter” tout seul et attend cela de sa mère. Le bébé attend aussi que quelqu’un reconnaisse et donne sens à sa souffrance, au monde où il est. ,,Oui, je sais que tu es fâché parce que ta mère ne te comprends pas”  je dis à un bébé de trois mois qui n’arrête pas de pleurer, et à cet instant-même il cesse ses pleurs et me regarde.  “Regarde, il a compris ce que tu lui as dit”, me dit l’infirmière qui était de mon côté.
Mais n’oublions pas le père. J’ai vu comme, par les soins accordés à la mère et au bébé dans l’unité de maternologie, un père qui était incapable de comprendre les difficultés de sa femme à être mère, ne voulait plus avoir à faire à aucun des deux, quand il a vu les progrès dans la relation mère-enfant, il a réussi à prendre son bébé dans ses bras, à lui donner le biberon et discuter des problèmes avec sa femme.
Les soins donnés dans un service de maternologie, rendent possible que la mère libère sa capacité d’être mère et par cela, que le bébé grandisse protégé et aimé, au lieu d’être négligé ou même maltraité, abusé. Et aussi que la mère et le bébé, et le père aussi, puissent se regarder! Avec de l’amour et de la confience réciproque! Celle-ci est la mise de la relation mère-bebe dans les premiers moments, premiers mois de vie, l’amour et la confience qui se construiront sur la base mise maintenant, que le bébé pourra manifester par rapport à d’autres gens aussi, et par rapport à la vie. La maternologie vient nous dire que rater le rencontre mère-enfant dans les premiers mois de vie est très difficile, quelques fois impossible de récupérer et peut même signifier perdre le pari avec la vie. Dans le plus concret mode possible: la solitude, l’incapacité de vivre, de sentir la joie de vivre, d’aimer et d’avoir confience aux gens.
Les soins donnés dans un service de maternologie rendent à la mère la possibilité d’être mère, libère sa capacité à l’être et permet, de ce fait, que le bébé grandisse protégé et aimé, au lieu d’être maltraité, abusé. Ils permettent à la mère, au bébé et aussi au père de se regarder, avec un amour et une confiance réciproque ! C’est l’installation de la relation mère-bébé dans les premiers mois de la vie. Sur cette base d’amour et de confiance se construiront les rapports aux autres et à la vie
La maternologie vient nous dire que rater la rencontre mère-enfant dans les premiers mois de vie rend quelques fois impossible la récupération et conduit parfois à la perte du pari avec la vie. Ce qui conduit à la solitude, à l’incapacité de sentir la joie de vivre, d’aimer et d’avoir confiance en les autres et en la vie.

Carmen Apopei,
Psihologue/Psychotherapeute