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Maternologia


Les cinq minutes essentielles

Maintenant, je vais vous raconter une histoire extraordinaire.

Deux êtres vivent l’un dans l’autre pendant neuf mois et ils ne se sont jamais rencontrés.
L’un, est en fait un monde à lui seul, un monde léger qui semble sans fin autour de lui, où il est formé progressivement, monde qu’il envahit peu à peu, sans raison apparente, comme à sa convenance.
L’autre être se laisse faire, rêvant au premier qui l’investit peu à peu, qui l’arrondit, ce dont la plupart du temps il est très fier. Cet être rêve du premier depuis sa petite enfance et l’imagine le plus beau de tous, prolongement de lui qui viendra consoler ses mauvais souvenirs.

Ils sont un et un jour ils deviennent deux: c’est la rencontre.
Lui, dans l’attente que se poursuive la vie qu’il a connu. Vie sans manque, homogène, constante, totale. Il ouvre de grands yeux, le regard profond, semblant demander du fond de lui-même de l’aide, saisi par la disparition de son monde et l’explosion de tous ses repères. Vite affolé par toutes les nouveautés qu’il rencontre, angoissé, et même terrorisé si on tarde à répondre à son attente.
Elle – vous avez deviné que le deuxième être est la mère, fatiguée, épuisée parfois – regarde cet être qui vient de sortir d’elle, gonflé, rouge … tellement différent de celui dont elle avait rêvé, mais tellement neuf, si ferme, si fragile, …
Lui, porteur du souvenir de la VIE, aime en lui les traces du monde invisible d’où il vient. Il apporte l’amour dont son corps est pétri.
Elle, est entre les deux mondes et n’en sait rien, fluide, radieuse.
Lui, peu à peu, a acquis un regard intérieur.
Elle, vient de faire avec pudeur, sans le savoir, un voyage de neuf mois retournant vers sa propre naissance.
Lui, sent le besoin dans l’instant même de retrouver quelque chose qu’il a perdu : sa vie d’avant. Sa vie où la totalité était le mode constant. Tout était lui et lui était tout.
Elle, vient d’obtenir son bâton de maréchal. Elle est fille et aussi mère comme sa mère. Bouleversement qui fait vivre un passage parfois écrasant vers la responsabilité pour les mères d’un premier bébé. Mais rarement pour les autres.
Lui, vit depuis ses débuts avec ses cinq sens rapidement fonctionnels. Ce qui a fait de lui un être qui sent tout avec une sensibilité très grande. Son regard intérieur provient d’une unique vibration qui stimule l’appareil oculaire, vibration qui vient des quatre autres sens, en permanence et selon leur propre mode. Puisque l’appareil oculaire, n’a pas à sentir mais à voir.
La pensée que peu à peu, avant la naissance, s’était formé un regard intérieur est venue au concepteur de la maternologie, le pédopsychiatre J.M.Delassus. Ce qui est confirmé maintes fois par des photos montrant un nouveau-né avec un regard particulièrement intense.
Ce regard, c’est l’éveil à la vie sur terre. Il entre dans notre monde métallique, fabriqué. Il se détourne de son œuf. Un nouveau séjour commence. Arrive-t-il dans un monde prêt à le connaître et à l’accepter tel qu’il est ? L’ambiance générale sera-t-elle aussi douce que la précédente? Triomphera-t-il de tous les obstacles qu’il va rencontrer? Ou bien va-t-il se trouver devant un mur? Le voilà en attente.

Et ce regard qui persiste apporte aux parents une émotion intime profonde qui va les lier à leur enfant d’une façon exceptionnelle. De plus, au moment d’une naissance, dans des conditions naturelles, une augmentation du taux d’ocytocine (l’hormone dite de l’amour) aurait lieu. Mais difficile de croire que l’être humain soit uniquement soumis à sa biologie!
Lui, il arrive avec son cerveau d’être humain où les nombreuses cellules non programmées génétiquement auront enregistré la vie qu’il vient de vivre. Il en gardera un inconscient fondamental dont l’orientation vers le désir de totalité est l’état essentiel de l’être humain et sera actif durant toute sa vie.
Ces deux êtres qui viennent de vivre deux vies distinctes et liées, que leur faut-il absolument pour que leur première rencontre leur soit bénéfique? Il serait fâcheux de mettre l’essence même de la vie en danger d’être noyée dans la multitude des sensations inconnues que le nouveau-né éprouve en arrivant dans notre monde. Il faut savoir qu’une rencontre bénéfique se joue en très peu de temps, cinq à dix minutes disons, si on veut prévenir des difficultés postérieures. Dans la mesure où le bébé ne dort pas c’est d’abord la rencontre du premier regard, avec maman, avec papa. Bien sûr, la rencontre est favorisée soit par le fait de mettre le bébé immédiatement sur le ventre de sa mère, soit pendant l’allaitement, ou lors d’un simple face à face, ce qui commence à crée le lien des regards échangés qui deviendra au fil du temps aussi fort que celui du cordon ombilical.
Et là je m’adresse à vous, à celles ou ceux qui sont là au moment de la naissance. Il s’agit d’observer les gestes de la mère envers son bébé: prouvent-ils que naturellement elle est allée vers son bébé pour le protéger, le regarder, le réchauffer, attendrie et heureuse? J’ai bien dit observer, sans jugement, avec compassion. Si la mère a hésité, refusé, c’est peut-être qu’elle n’est pas assurée d’être capable d’être mère, ou alors qu’elle ne sent pas que son bébé est encore lié à elle et qu’il a absolument besoin d’elle tout de suite, qu’elle croit que le bébé ne sent rien, ne sait rien, ne se souviendra de rien, donc que n’importe qui peut le prendre.

Il est plus que temps d’informer tout le monde de ce que la maternologie apporte de tout à fait nouveau comme éclairage sur le plan psychique de la naissance. Plan qui complète celui de la naissance physique.
Dans la mesure où l’on est informé de l’importance de ce premier regard, il faut avec respect et délicatesse, mettre tout en œuvre pour favoriser la rencontre des yeux de la maman avec ceux du bébé, ou ceux du papa si la maman est endormie. Là aussi observer, voire veiller à ce que l’intensité de ce regard ne touche pas trop profondément des parents qui peuvent être fragilisés et les soutenir en admirant doucement la beauté de ce qui se passe, en expliquant les pourquoi de l’existence de ce premier regard, et leur permettant de s’exprimer … Si on voit des larmes perler, veiller par la suite sur l’élan naturel de la mère vers l’enfant. Et si cela ne semble pas aller, surtout ne rien faire à sa place, ne rien dire, mais favoriser ses paroles et les accueillir pleinement.

Que le solstice d’été enveloppe toute la Roumanie, que soit purifié ce qui freine l’amour.

Laurence Demairé
Présidente-Fondatrice de l’«Association franco-roumaine BéBéBienvenu»

Symposium national, avec participation internationale, des sages-femmes indépendantes de Roumanie, 5 mai 2011