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A l’intention des parents qui vont voir leur enfant à l’échographie

 
Parents, future mère, vous vous attendez à voir votre enfant, bien qu’il ne soit pas encore n; vous vous attendez à le voir à l’échographie. Vous savez que vous pourrez le voir. Mais ce n’est pas tout à fait vrai; ce n’est pas lui que vous verrez, vous apercevrez tout autre chose, seulement une chose, votre enfant sous l’aspect d’une chose. Ce sera un enchainement de vertèbres, de vertèbres comme un tas, et une forme de crane, des membres identifiés par leurs os longs, des ébauches osseuses de mains et de pieds.

Cela n’est pas votre enfant, seulement son image en os, en dur, en squelette, avec quelques formes permettant de deviner de cœur, le ventre et même le sexe. Votre enfant n’est pas cela, vous le savez. Vous pourriez cependant vous laisser impressionner, vous mettre à en croire vos yeux, à admettre cette réalité, à la faire passer pour plus vrai que celle que vous imaginez quand, au fond de vous, vous pensez à votre enfant.

Il ne faut pas confondre votre vérité avec celle à laquelle à affaire le médecin qui pratique l’échographie. Certes, vous pouvez profiter de ce moment d’examen, mais ne vous laisser pas tromper: l’image de l’échographie est d’abord pour le médecin, c’est un examen médical qui permet d’assurer une extraordinaire surveillance de la grossesse et de l’état du petit enfant dans le ventre de sa mère. C’est un progrès technique considérable. D’autant plus sensible que l’image peut être en trois dimensions et vous permettre ainsi de mieux constater que l’enfant est vivant, qu’il est déjà tout animé, que c’est un petit enfant qui se prépare à venir au monde, qui grandit, que l’on peut mesurer et examiner avec beaucoup de précision.

Seulement, parents, il faut vous dire deux choses que les médecins savent bien, qu’ils essaieront souvent de vous expliquer, mais qu’il n’est pas facile d’énoncer.

D’abord, cette observation si performante peut être source d’erreurs. Et le grand embarras des médecins tient à la nécessité de ne pas vous dire des choses inexactes, mais en même temps de ne pas passer à cote des signes qu’il faut repérer, d’anomalies ou de malformations qu’il importe de dépister très tôt. Comme il est parfois difficile de ne pas se tromper, les médecins sont pris dans un cruel dilemme: ne pas effrayer ou inquiéter inutilement les parents et néanmoins leur signaler ce qu’ils ont remarqué ou croient avoir remarqué. C’est dire qu’il faut prendre l’échographie avec des pincettes, ne pas s’imaginer que c’est un miroir absolu, un examen d’une totale exactitude.
Voilà pour le premier point; c’est la question technique et médicale. Le second point est la question éthique et personnelle. Ce que vous verrez n’est absolument pas votre bébé, lequel est bien sur tout diffèrent. Fait de chair et de sang, animé de sensations toutes vivantes, c’est un vivant et non un squelette. Et c’est encore plus que cela. Ce n’est pas seulement un adorable et émouvant petit être en développement, qui met à profit ce temps de vie utérine pour grandir, pour se développer, pour acquérir les organes et les fonctions qui vont le faire naître avec cette forme humaine que vous attendez, que vous allez reconnaître et serrer immédiatement dans vos bras; non, le fœtus est davantage que cet enfant-là.

Votre enfant, ce qu’on appelle un fœtus – et c’est un mot auquel il faut donner toute sa force et son sens – est un train de vivre une vie extraordinaire. En effet, dans le ventre de sa maman, il ressent moins les événements extérieurs (ce n’est pas encore un enfant au monde) que d’abord, surtout, et presque exclusivement, ce qui est propre à son monde d’alors, à l’homogénéité totale et absolue dans laquelle il est baigné, qu’il vit et éprouve – si les conditions de votre grossesse sont globalement satisfaisantes. Ce qu’il vit et éprouve, ce ne sont pas des événements particuliers, c’est le tout de la vie au sein de laquelle il se trouve. Votre sein est le sein de la vie. Avec cette particularité supplémentaire qu’à ce moment-là votre enfant a un maximum de cerveau, de cellules du cortex cérébral – le plus élevé dans la hiérarchie des neurones – et que ces cellules sont vierges pour un très grand part, c’est-à-dire non programmées et disponibles. C’est un cadeau de la vie, un supplément de cortex, de neurones. Or, ceux-ci vont enregistrer la vie prénatale, son homogénéité, sa totalité vitale. Par conséquent, dans le ventre de la maman il se passe une chose inouïe: non seulement le futur bébé vit une vie absolue, mais en même temps il l’enregistre au point qu’il va venir avec elle dans sa tête, quand il arrivera au monde.

Ainsi votre bébé ne sera pas seulement un être qui aura suffisamment fait son développement pour naitre: c’est aussi quelqu’un qui vient au monde avec, dans sa tête, dans toutes les fibres de son corps, l’idée et l’expérience de la vie absolue. Vous rêvez de bonheur? Eh bien, votre bébé vient avec cette réalité en lui et il s’attend à en trouver la suite dans vos bras. Ce sera l’histoire de sa naissance psychique avec vous, quand il aura effectué sa naissance physique.

Voilà pour demain. Mais c’est ce qui se prépare dès aujourd’hui et précisément ce que l’échographie ne vous permet pas de voir: ce qu’elle pourrait même vous empêcher de penser, vous retenant dans des détails anatomiques alors que tout se passe déjà au niveau de la vie psychique du fœtus. Néanmoins, n’est-il pas normal de s’inquiéter des risques éventuels de malformations? Sans doute, mais sans pourtant les exagérer; ils surviennent quand même rarement et ils ne doivent pas vous entrainer vous-même dans des malformations de pensée. Au-delà de l’image échographique, il y a la vie intérieure qui est déjà celle de votre enfant et en raison de quoi il vous réclamera totalement à la naissance; car la présence et l’amour humains sont les plus surs et les plus nécessaires correspondants de la totalité vécue avant de naître.

Ainsi, l’échographie, si utile et si importante sur le plan médical, n’offre qu’une vue partielle de la vie de votre bébé en vous; c’est cela que vous devez savoir quand vous verrez son image à l’écran. En fait, lors de l’échographie, ne perdez pas de vue votre bébé, gardez votre vue intérieure.

Source: «Le Genie du fœtus», Jean-Marie Delassus, ed. Dunod, Paris, 2001″